Le bonhomme perdu ou Sportivement vôtre

Le déclic commence le jour où, un dimanche en fin d’après-midi, je suis arrivée à la salle de sport. Un dimanche qu’on aurait pu croire parmi tant d’autres. Mais pas celui-ci. Il était là, suant sur sa machine pour parfaire ses pectoraux. Je l’ai repéré de loin.

Le suspense du bonhomme

Sûr de lui, l’oeil bovin, concentré, les regards féminins et « métrosexueliens » convergeaient vers lui. Il faisait du sport en chemise.

Inoubliable

My God, le dieu du dimanche après-midi, celui qui fout le cafard, a eu pitié de moi, et m’a offert une jouissance silencieuse qui a enflammé ma soirée. Plébiscité par toutes les générations sur mon statut Facebook, oui, je ne l’oublierai pas. On ne l’oubliera pas, c’est un héros de la mauvaise association.

Je déplore pourtant, moi-même parfois habillée en t-shirt Com-Eight  (ou Com-8, n.masc, illustre marque représentée par Joeystarr dans mes années collège) ce diktat du bon goût pour l’habillement sportif. Et j’avoue être immédiatement lookement éprise d’un hipster habillé comme un preppy des années géométriques : Carlton. Mais tout de même.

Vivement dimanche

Pas de photo à montrer pour le moment, mais j’y songe. Dimanche prochain le rendez-vous est pris. Moi et l’assemblée des autres personnes tellement convenues qu’on se confond avec les murs attendront avec impatience l’arrivée du Messie. Celui qui a bravé les regards.

Description du bonhomme

chemise + short = remise en question

Il portait une chemise bordel. Une chemise en matière légèrement satinée. Grise et dont la sueur recouvrait peu à peu les interstices et plis formés par sa posture assise. Mais c’est loin d’être le tout. La chemise ne fait qu’attirer le regard. Elle l’emmène vers la contrée lointaine de son aine, de ses jambes…portant un short à fleurs. Pas n’importe lequel. Le short à fleurs des années 90, bleu à fleurs et branches de palmier blanches, sans oublier l’inévitable bande blanche ornant chaque côté de cette pièce portée par une espèce qui a hanté nos soirées télé : le QI d’huître portant la fonction privilégiée de « tentateur » sur l’Ile de la Tentation. Fantasme télévisuel de notre voyeurisme exacerbé sur TF1.

Il n’existe, selon les codes du look, qu’un véritable short à fleurs hawaïennes : bleu à fleurs blanches. Il se veut large, mi-long, en tissu non respirant et a fortiori d’un bleu pétant, oserions-nous dire explosif. Les cas les plus intéressants rencontrés se portent avec un filet en guise de doublure, qui a pour fonction de maintenir couilles et engin lorsqu’il y a un grand écart de la part du sujet, ou un grattage intempestif.
On maintient ce short à fleurs avec une cordelette blanche enserrant la taille élastiquée (elle-même ne pouvant assurer le maintien seule). Si l’homme n’a pas eu la présence d’esprit de faire un noeud à son extrémité, la cordelette se perd dans la taille élastiquée dès le premier lavage. Ce malencontreux problème donne un résultat trop souvent rencontré : sa femme se prend une biffle et se retrouve à aller chercher la cordelette dans la taille élastiquée avec sa mimine avertie, une épingle à nourrice et beaucoup de patience.
On déplorera sa disparition en même temps que les magasins Tati.

Revenons à l’homme. LUI, lui, n’est malheureusement pas affublé de ces atouts Omo Sapiens Erectus du tentateur ( qui est en soi, une vocation). Oh non. C’est plutôt l’Omo Sapiens nullus en modus. Bref toute cette digression pour un mec sur une machine à pecs, en chemise et short à fleurs des années 90.

Mais pourquoi venir comme ça ?

1. Mais peut-être a-t-il été envoyé justement pour prêcher le rire, par un révolutionnaire de cette tristesse inhérente à notre environnement parisien, qu’on croirait sorti d’une pub Orange.

2. Peut-être est-il un étudiant en mode, bras droit de Jean-Paul Gaulthier, envoyé pour Bizutage et filmé.

3. Peut-être est-il le seul à passer outre le regard des gens, et justement s’amuser des conventions établies et des « braves gens ». un Brassens du style.

4. Peut-être se rend-il à la fin de sa séance à un after beuverie de mariage, et faute de rechange, ira se doucher directement avec sa chemise avant d’arriver frais comme un gardon chez Brandon et Brenda.

5. Peut-être sa copine ( elle fait du scrapbooking et demande à ses amies Facebook ce qu’elle devrait faire comme gâteau à son mari, oui, c’est elle, vous la connaissez) a-t-elle, dans un élan de tendresse, et parce qu’elle n’a que ça à faire, pris tous ses vêtements pour les laver religieusement.

6. Ou simplement s’avère-t-il nul dans l’assortiment de fringues.

7. (Bonus) Peut-être trouve-t-il ça beau.

Tout de même, il aura réussi à chambouler ce dimanche pourri.

Merci à toi, oh bonhomme perdu, digne d’un tentateur, et qui sans vergogne tente les langues de pute comme moi. Comme dit Wilde, et surtout l’illustre chaîne TV TF1, la meilleure façon de se délivrer de la tentation, c’est d’y céder. Voilà mon âme en paix.

Dans un souci d’équité et pour éviter toute diffamation qui pourrait, par effet pervers, faire revenir sur le devant de la scène ces messieurs qui ont marqué notre jeunesse juste sortie de la trilogie du samedi, nous avancerons juste en légende : « Une belle brochette d’huîtres ».

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