L’ombre du marché

Le dimanche, c’est le jour du marché. (Aussi celui de la salle de sports) Ce qui signifie tranquillité, un plein de fruits et légumes, des lunettes de soleil pour cacher les yeux gonflés de la veille. Un rendez-vous de parisiens inlassablement vissés sur leur chaise du bistro du coin, captant le soleil frais du midi. Une aubaine pour les rares marchands de chaussures promettant un mariage pour que tu leur achète une paire.

On y voit des odeurs agréables, un poisson frais, des galettes sorties de Bretagne ou presque, des accras chantants, des légumes suintant encore la boue de la campagne francilienne.

On y trouve aussi un vieux. Suitant autre chose, la perversité.

Il regarde et fait peur aux jeunes filles, et moins jeunes.

En tout cas, j’ai l’impression d’en faire partie. Au début, je le crois comme ces autres vieilles, cherchant le regard perdu et ouvert d’un être humain pour discuter du beau temps. Tout à fait agaçant le dimanche ceci dit. Parler à un chien avec un chapeau, voilà l’expression. Naïve, mon sourire installe ma défaite, et une lente et désagréable impression qu’il va sauter sur moi, ou tenter de le faire m’emporte désormais.

Zinedine Soualem a un regard salace un peu plus sympa ( cf La Maison du Bonheur)

Son regard est le pire, ses yeux roulent et se fixent sur leur proie, il fait claquer sa machoire. Un peu bourru, avec un costume des années 60, 68, qui ne fane pas malgré le temps,  on le croirait sorti de la soupe aux choux. Affublé d’un bérêt qui semble intemporel, comme un accessoire de cinéma, il fait penser à mon grand-père, et s’en différencie rapidement grâce à ses yeux à la Dutroux.

Mais c’est lui ! (je tiens à préciser que pour des raisons évidentes d’auto-censure de pucelle j’ai souhaité couper la partie exhibée de cette photo)

Bizarre comme l’esprit peut marquer un détail et le remémorer à chaque balade au marché, mais ce regard me gâche la journée. Il installe un malaise, et me fait appréhender cette balade dominicale. Je ne renierai pas ce marché si cette ombre n’était si pesante. Mais, il continue. J’ai pourtant tenté de changer d’heure de sortie, tentant une escapade vers 10h, mais c’est nez à nez que je me prends dans la gueule l’expression « le monde est petit ».

Je tente de me cacher, de le fuir, mais il est toujours là. L’homme  qui tombe malheureusement à pic.

Comment remplir mon cabas carrefour ( de Nouvelle-Calédonie, un peu de couleurs) avec mes légumes du chinois excessivement cher lorsqu’on se sent mal à l’aise ?

Puis l’appréhension cède peu à peu à la curiosité :

Que faire la prochaine fois ?

Lui cracher dessus ? Trop glauque

Proférer des menaces ? trop faible

Lui foutre une baffe ? On risquerait d’inverser les rôles parmi la horde de lunettes de soleil mal réveillées.

Courir ? Déjà fait, et un peu couard

Ramener ma coloc avec moi ? Deux débiles en valent mieux qu’une

Feindre l’indifférence ? Ok je prend mes lunettes de soleil avec moi la prochaine fois. J’arrive mieux à comprendre la vie parisienne, et ce besoin de jeter un obstacle fumé entre les gens et soi. Ainsi va Paris !

C’est swag le dimanche à Paris ! (le terme Swag étant employé ici pour rajeunir le lectorat, merci d’en vérifier l’usage sur l’article complètement Swag prévu à cet effet)

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